Bonjour à tous... j'ai décidé de laisser de côté mes
tristes pensées... je sais aussi écrire les petits bonheurs... j'ai
simplement oublié et remisé... au contraire du printemps où tout
redémarre... l'automne m'inspire de nouvelles nouvelle. Bonne
lecture.
Mon compagnon de 15 ans
Un matin de semaine… il y a bien
longtemps
Dring, fait le réveil, dring lève-toi, dring
c’est l’heure.
Merde, je n’ai pas envie de me lever ce matin.
Joy est du même avis, il étire ses deux pattes de devant sans
bouger un poil, puis se colle un peu plus le long de mon
dos.
La journée commence inévitablement par le même processus. Je dois
le pousser pour mettre pied à terre.
J’ai une énorme envie de pipi… je file dans la salle
de bain et je me douche vite fait avant de boire mon café…
Joy ne me quitte pas
les jambes.
Il ne tient plus en place, lui aussi veut son pipi. Tant que je ne
mettrai pas mes chaussures, il restera à me coller.
J’enfile mon survêtement et je mets mes baskets… ce
n’est plus un chien, c’est un vrai cabri… un peu
de mal à lui mettre son collier… j’ouvre la
porte… le rituel de la promenade du quartier peut commencer.
Les clés dans la main, la laisse autours du cou, on descend les
trois étages. Dès qu’il est dehors, il lève la patte sur le
coin de la façade de l’immeuble et comme d’ habitude,
je dis « pas
là ! ». Il file en avant et je le suis.
Tout en marchant, dans la rue calme à cette heure là, je me
réveille et prends conscience doucement de l’air, du papotage
des oiseaux, des bruits familiers, des gens. Je tire de ma poche
mon paquet de cigarettes et j’en allume une avec
délectation… je sais, pas bien ! Mais elle est si bonne
à ce moment là. Joy sait le chemin à prendre. Je regarde ce petit bout de
poil, son dos large et sa queue qui balance au rythme de son
contentement. Un peu plus loin, dans la rue, il y a une grande
porte double en bois massif qui à un jour de quelques centimètres
en bas, derrière laquelle le museau d’un berger allemand fait
la garde… arrêt obligatoire… Joy aboie énergiquement
en faisant deux ou trois allers retours, et le berger en fait
autant, ensuite il lève la patte puis continue sans se retourner
semblant dire « une bonne chose de faite ».
Au bout de la rue on tourne à gauche dans une petite ruelle bordée
de grands murs, de jardins et le long desquels poussent dans les
gravillons de l’herbe folle et des marguerites.
Joy aime cette bande verte, tête baissée, truffe en
action, il ne rate pas un centimètre, deux trois pipis… moi,
je continue tranquille, quelques mètres plus loin, je
l’entends faire une petite pointe pour me dépasser. Il doit
absolument être devant moi.
Encore à gauche, on arrive dans un sentier en terre, sur la droite
un grand champ, à gauche quelques petites maisons basses habitées
par des personnes âgées.
Sur le pas de l’une d’elles, madame Honorine 82 ans,
canne en bois, avec un pommeau doré, dans la main droite sur
laquelle elle s’appuie (elle a de la difficulté à se
déplacer), et la laisse déroulante de 5 mètres, qu’elle ne
maîtrise pas très bien, au bout de laquelle « Bisou »
petit York femelle, fait sa promenade 360°.
Toujours à nous attendre, même si elle fait comme si
le hasard en était responsable, « tiens donc, Joy,
bonjour ! »
Joy, n’est que tendresse pour ce « Bisou » de
petite chienne, il lui dit bonjour d’une façon très, très
câline… lui
sent le derrière par politesse, tourne autours d’elle, fait
le macho… puis s’éloigne de quelques mètres… et
là royal… il fait son caca.
Quand il a terminé, il se redresse, tends son corps et
frénétiquement gratte le sol avec ses pattes arrières, envoyant par
la même occasion voler herbes et détritus en tous genres, aboyant
fier comme Artaban! Me fixant de ses beaux yeux
noisette attendant le
regard de fierté de Bisou et mon approbation, qui vient très
vite
« c’est bien Joy » - il sait que je suis contente
quand il a fait son caca car pour moi c’est le signe que mon
petit amour est en bonne santé – je sais, c’est puéril,
mais c’est comme ça, son caca c’est le baromètre de la
gamelle et ça monsieur, il le sait.
Pendant ce temps, j’ai échangé quelques mots avec Honorine.
J’ai caressé Bisou qui s’est enroulée une paire de fois
dans les jambes et la canne d’Honorine.
J’aime ce moment, cette dizaine de minutes que je passe avec
elle. Honorine me rappelle ma mère avec laquelle je n’ai pas
su prendre le temps… d’un bavardage
matinal… et quotidien.
Une petite pause hors du temps et cette question si anodine, pleine
de tendresse, si simple « comment ça va ce matin ? »
cela me stimule pour la journée, ça remet le starter en vitesse
croisière et ça replace la vie dans un contexte de normalité.
J’ai l’impression que cette rencontre m’a été
aménagée et que ce n’est pas pour rien qu’Honorine a
été placée sur ma route.
C’est à ce moment que Joy reprend la directive, son cinéma
fait, ses yeux me disent « bon, on rentre, t’as encore
du boulot ma vieille… et surtout, j’ai
faim !».
Je quitte mes amies du matin avec un léger regret, sachant que
l’on se reverra demain… mais avec un pincement au
cœur et une pensée « si Dieu le veut ».
On tourne encore une fois à gauche et les 500 mètres qui restent à
faire prennent une allure plus rapide.
Vite la gamelle de monsieur… pour moi la deuxième tasse de
café et des biscottes confiture. Retour salle de bain pour me
changer et me maquiller… plus de Joy dans les jambes, il
savoure son repas. Je dois partir bosser.
Le rituel du « Au revoir, Petitijoy, je vais
travailler !».
Joy, oreilles baissées, se mets dans son panier, je lui dépose un
baiser et son biscuit… qu’il ne touche pas. Je ferme
la porte. Je monte dans la voiture…
contact… je
jette un œil au balcon de l’appartement, il est là, les
deux pattes sur le rebord, à me regarder partir… je lui
envoie un baiser avec la main… je suppose que dès que la
voiture est partie… il filera à son panier manger son
biscuit.
Josypensées - 2009